LE COMPAGNONNAGE | GEORGE SAND | ET LISE ?

Premier évènement du bicentenaire de la naissance d’Agricol Perdiguier  : l'exposition que consacre Cécile Attalin à son ancêtre,
du 5 au 18 avril 2004 à la Mairie du 4e arrondissement de Paris
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> EN SAVOIR PLUS SUR CETTE EXPOSITION

Les textes ci-dessous, qui résultent du travail réalisé pour cette exposition, seront illustrés prochainement.


| LE COMPAGNONNAGE : QUELQUES REPÈRES

« Notre Devoir, je vous le dis, mes frères,
dans plus d’un cœur fit germer des vertus. »

Extrait d’une chanson de Victor-Bernard Sciandro,
Compagnon Passant tailleur de pierre, in Le Compagnonnage… (1850)

Si les légendes associent généralement la naissance du Compagnonnage à la construction du temple de Jérusalem, sous le règne de Salomon, ce n’est cependant qu’à partir du milieu du XVIe siècle que des sources documentaires attestent avec certitude de son existence en France. Il est toutefois admis par les historiens que le Compagnonnage plonge effectivement une partie de ses racines dans le formidable élan bâtisseur du Moyen Âge et dans les traditions médiévales.

Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, les sociétés compagnonniques s’affirment le plus souvent comme étant l’organe par excellence de la solidarité ouvrière, en assurant notamment l’embauche des ouvriers itinérants auprès des patrons les plus avantageux, n’hésitant pas à mettre des ateliers ou même des villes entières en interdit pour imposer de meilleures conditions salariales. Héritiers de l’état d’esprit fraternel des communautés de métiers primitives, les compagnonnages opposent à l’immobilisme devenu despotique des corporations urbaines, dont l’autorité ne s’étend cependant pas au-delà des faubourgs de telle ou telle cité, le réseau continuellement mouvant et dynamique du « tour de France ». Mais selon les métiers, les époques et les régions, cette tension inéluctable a pu prendre des formes très variées, quelquefois fructueuses – certains maîtres envoyant leurs fils parfaire leurs connaissances sur le tour de France avant de revenir prendre leur succession –, souvent houleuses – à cause des salaires et des horaires de travail – et même quelquefois dramatiques, les compagnonnages s’entre-déchirant au profit du patronat.

Ainsi, si les compagnonnages des menuisiers ont été parmi les plus actifs au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, ils furent aussi très souvent pourchassés par les autorités civiles à cause des troubles quasi incessants à l’ordre public qu’ils engendraient, tantôt pour obtenir des maîtres des corporations de meilleurs salaires, tantôt entre eux, les uns étant qualifiés de Compagnons « du Devoir », les autres de Compagnons « non du Devoir » ou « Gavots », ou encore, plus tard, de « Compagnons du Devoir de Liberté ». On a longtemps cru que la raison de cette scission en deux corps aussi hostiles était à l’origine confessionnelle – les Devoirants étant de farouches catholiques, il fallait bien que les Gavots eussent pour le moins de la sympathie pour le Protestantisme ! –, mais les recherches actuelles incitent à avancer d’autres hypothèses, plus nuancées, où le facteur religieux n’est pas seul en cause et où il est recentré sur les remous de la Contre-Réforme.

Le XVIIIe siècle marque probablement la véritable apogée du mouvement compagnonnique, du moins dans les professions liées au Bâtiment et à l’Ameublement, tant on construit et on meuble de demeures luxueuses dans tout le Royaume.

L’abolition des corporations en 1791 entraîne ipso facto celle des sociétés compagnonniques, d’autant que ces dernières ne disposaient même pas d’un quelconque statut juridique. De fait, la plupart des sociétés compagnonniques sortiront très affaiblies de la tourmente révolutionnaire, puis des longues guerres du Premier Empire.

La Restauration sera le dernier Âge d’Or des compagnonnages : en même temps qu’elle marque un déclin social et l’entrée de plain-pied dans l’ère industrielle, cette période incite justement le monde ouvrier à l’union. La situation est d’ailleurs assez paradoxale : si de nouvelles sociétés compagnonniques se créent malgré l’envahissement du machinisme, les vieilles querelles ne cessent d’affaiblir le mouvement, le préparant à presque succomber, faute d’efficacité sociale, lorsque finalement les caisses de retraites mutuelles puis les syndicats ouvriers seront autorisés. L’histoire des compagnonnages durant la seconde moitié du XIXe siècle est celle d’un lent déclin. Le chemin de fer, à la réalisation duquel de nombreux Compagnons ont prêté leurs talents, sonne non seulement le glas de certaines traditions lentement mûries sur le tour de France, mais il accroît aussi une problématique toujours actuelle : l’irruption massive dans les grands centres urbains d’une main-d’œuvre moins chère, provinciale tout d’abord, puis étrangère.

Malgré tout, les sociétés compagnonniques sont parvenues durant le XXe siècle à démentir la prochaine extinction que leur prédisait, en 1901, l’un des premiers historiens du Compagnonnage, Étienne Martin Saint-Léon. En ce début de XXIe siècle, elles sont toujours porteuses d’avenir.

 

Pour en savoir plus sur le Compagnonnage :

(à partir de ce site en cours de développement, accès simplifié aux pages perso de Jean-Michel Mathonière, classées au Top 10 des Pages Perso Wanadoo 2003)
Vous y découvrirez ses livres et ses recherches historiques sur les Compagnons tailleurs de pierre et bien d'autres sujets touchant aux anciens métiers, aux compagnonnages, à l'architecture sacrée, au symbolisme des bâtisseurs de cathédrales, à l'ancienne franc-maçonnerie, etc.

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