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Premier évènement du bicentenaire de la naissance d’Agricol Perdiguier  : l'exposition que consacre Cécile Attalin à son ancêtre,
du 5 au 18 avril 2004 à la Mairie du 4e arrondissement de Paris
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> EN SAVOIR PLUS SUR CETTE EXPOSITION

Les textes ci-dessous, qui résultent du travail réalisé pour cette exposition, seront illustrés prochainement.


| 1826 : IL FAUT RÉGÉNÉRER LE COMPAGNONNAGE !

 

Sur son tour de France, Perdiguier fut témoin à plusieurs reprises des luttes sanglantes et fratricides entre Compagnons et il en resta profondément marqué.

Les sociétés compagnonniques de l’époque se réclamaient en effet de divers fondateurs plus ou moins mythiques : pour les uns, c’était Salomon qui avait fondé le Compagnonnage, pour d’autres, c’était un moine dénommé Père Soubise, pour d’autres encore, les plus nombreux, c’était Maître Jacques. Chacune des sociétés possédait sur son fondateur sa propre légende, qui ne s’accordait pas toujours avec celles des autres sociétés se revendiquant pourtant du même fondateur. Ainsi, Maître Jacques possède-t-il bien des visages : tantôt il est un habile tailleur de pierre ayant œuvré sur le chantier du temple de Jérusalem, pour finir assassiné par des disciples du Père Soubise dans le massif de la Sainte-Baume en Provence ; tantôt c’est un collègue et ami de ce même Soubise avec qui il travaille à la construction des tours de la cathédrale d’Orléans, au tout début du XVe siècle ; tantôt encore, il est en réalité Jacques de Molay, dernier grand maître de l’Ordre du Temple, brûlé vif en 1314 par ordre de Philippe le Bel…

Que ce soit à cause des légendes et, surtout, des querelles de préséance dans le Compagnonnage, ou que ce soit à cause de la concurrence économique, la tension était vive entre certaines sociétés compagnonniques ou ouvriers prétendant se constituer d’eux-mêmes en Compagnonnage. Il y avait des rixes ponctuelles au hasard des rencontres sur les routes du tour de France ; il y eut aussi de véritables batailles rangées qui engagèrent plusieurs centaines de belligérants (par exemple la bataille de Tournus en 1825 entre Compagnons tailleurs de pierre de deux rites différents).

Les chansons, où chaque société glorifiait sa famille compagnonnique et ridiculisait ses adversaires, excitaient la haine et étaient souvent la cause directe ou le ferment des rixes. Voici, par exemple, comment les Compagnons du Devoir saluaient les Gavots (Compagnons du Devoir de Liberté) :

« Si jamais Provençau [Gavot]
Dans mon pays j’attrape,
Je lui casserai les os
Et sa maudite carcasse.
De la peau de son ventre
J’en ferai un tambour
Pour appeler les diables
Qui viennent à son secours »

Agricol Perdiguier entrevit une œuvre de pacification ouvrière à accomplir, et cette œuvre devint l’idéal, le but de sa vie :

« Si je pouvais produire quelques chants d’un caractère opposé à ceux dont on a fait jusqu’à ce jour un trop commun usage ; si je pouvais substituer à un genre brutal quelque chose de tout au moins pacifique, cela ne manquerait pas d’avoir une certaine portée : voyons, essayons. » (Livre du Compagnonnage.) À Chartres, en 1826, sur son tour de France, il se mit donc à composer des chansons pacifiques. Arrivé à Paris en 1829, ces pensées de régénération compagnonnique ne le quittèrent plus. Il voulut faire entendre la voix de la raison aux différentes sociétés : « pendant que vous vous exténuez à des luttes fratricides, vos divisions sont exploitées et vous vous affaiblissez de plus en plus, alors qu’une solide entente vous procurerait une vie assurée par un travail mieux rémunéré et plus efficacement garanti. »

En 1834, il publia un Cahier de chansons qui fut envoyé à toutes les villes du tour de France. Il publia un Deuxième Cahier de Chansons en 1836.

Devant le succès de ses chansons, Perdiguier décida de franchir une étape ; il publia le Livre du Compagnonnage, en 1839. Dans cette œuvre didactique, Perdiguier moralise : « Ô mes camarades, nous vivons dans un siècle avancé, sachons le comprendre ; nous sommes pauvres, nous sommes ouvriers, mais nous sommes hommes ! Pénétrons-nous de cette grande idée, et relevons notre moral et notre condition. Considérez que […] le progrès étant dans les lois de la nature, nous devons nous dépouiller de nos erreurs et de nos vices. Oui, sortons des ténèbres qui nous environnent, développons notre intelligence, acquérons des talents, des vertus ; travaillons, à nous éclairer, à nous rendre bons, et répandons sur nos camarades les connaissances, les vérités que nous aurons acquises ; invoquons la justice, l’amour, la fraternité. Nous sommes enfants d’un père commun, nous devons vivre tous en frères. La liberté, l’égalité doivent se combiner et régner de concert dans la grande famille humaine. »

Perdiguier part du constat des effets désastreux de la discorde dans le Compagnonnage pour s’adresser à toute la classe ouvrière. On voit se dessiner le progrès de sa pensée qui va le conduire à l’action politique.

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